Siegmund, rockstar de l'extrême droite allemande aux portes du pouvoir en ex-RDA
Entre selfies, autographes et virées à mobylette, Ulrich Siegmund a des airs de rockstar. Mais le candidat de l'AfD pourrait surtout devenir le premier chef d'un gouvernement régional d'extrême droite en Allemagne.
A deux mois du scrutin du 6 septembre, la chaleur écrase la Saxe Anhalt, région de l'est. Mais pour rien au monde les fans de Siegmund renonceraient à une chevauchée avec lui en Simson, petite moto érigée en symbole de l'identité est-allemande.
Dans l'ancienne Allemagne communiste, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti anti-immigration, pro-russe et pro-Trump domine les sondages, capitalisant sur le sentiment d'injustice de nombreux habitants.
Plus de 35 ans après la réunification, beaucoup se sentent traités en citoyens de seconde zone par rapport à leurs compatriotes de l'Ouest, considérés comme étant privilégiés, et aux immigrés prétendument favorisés.
Un dimanche sur quatre pendant la campagne électorale, Ulrich Siegmund invite ses électeurs à le suivre en Simson, une marque fondée par une famille juive qui a fui l'Allemagne nazie et dont les descendants dénoncent le détournement par l'AfD.
Enfant du pays, né trois semaines après la réunification en 1990, Siegmund, 35 ans, vit dans la région après une brève carrière d'entrepreneur à Berlin.
Dans les sondages, son parti devance de près de 20 points la CDU du chancelier Friedrich Merz et de l'actuel dirigeant de Saxe-Anhalt, Sven Schulze que Siegmund qualifie de "symbole vivant des promesses électorales non tenues".
Un dimanche de fin juin, Ulrich Siegmund sillonne plusieurs villages autour de Jessnitz avant d'y revenir.
Pendant sa virée, résonnent parfois la version instrumentale de "L'amour toujours", un morceau de Gigi d'Agostino détourné par les identitaires avec pour refrain "L'Allemagne aux Allemands, les étrangers dehors".
- "Bon copain" -
"La Simson est un symbole de liberté, et la liberté est aussi ce que nous défendons, nous, l’Alternative pour l’Allemagne (AfD)", clame Ulrich Siegmund, tribun aux yeux bleus, mèche plaquée sur le côté, depuis la prairie accueillant les fêtes de village.
"Nous ne faisons pas que reconquérir notre liberté : nous reconquérons notre pays", poursuit-il avec un large sourire, devant une foule de tous âges où des t-shirts à son effigie côtoient les slogans de l'AfD.
"L'immigration incontrôlée est l'un des plus grands problèmes de ce pays", explique à l'AFP Ulrich Siegmund, promettant, après avoir signé un autographe sur le ballon bleu d'un garçonnet, "de rendre la vie aussi difficile que possible à ceux qui veulent profiter de nous".
Au guidon de sa Simson bleu ciel, couleur de l'AfD, il entraîne dans son sillage quelques centaines de motocyclistes, parfois coiffés de casques de la Seconde Guerre mondiale, agitant des drapeaux allemands.
Originaires de Gräfenhainichen, près de "Ferropolis" - la cité de fer, un site minier reconverti en musée - Hans Witte et son ami Robert Kunze ont reçu leur première Simson à 15 ans, lors de leur "Jugendweihe", rite de passage créé à l'époque de la RDA comme alternative laïque et socialiste à la confirmation chrétienne.
"Nous sommes là d'abord parce que nous sommes très engagés dans la scène des amateurs de Simsons (...) Ulrich Siegmund est comme un bon copain", dit à l'AFP Hans Witte, mécanicien de 19 ans.
- "Remigration" -
La popularité des Simsons --qui ne sont plus fabriquées depuis deux décennies-- tient notamment à une particularité juridique, expliquent-ils. Certains anciens modèles peuvent circuler à 60 km/h, contre 45 km/h pour les autres cyclomoteurs.
Mais "bien sûr nous sommes là aussi pour envoyer un message politique", ajoute Robert Kunze, 21 ans, informaticien spécialisé, évoquant l'immigration qui, selon lui, explique que "la criminalité a augmenté".
Retraité à Bergwitz, Lars Breternitz, 66 ans, qui comme Siegmund votait auparavant CDU - le parti conservateur d'Helmut Kohl, le père de la réunification - est du même avis.
"Il faut lancer la 'remigration', c'est-à-dire l'inverse de ce qu'a fait Angela Merkel pendant dix ans", lance-t-il, en référence à la politique d'accueil de l'ex-chancelière.
Pour Lena Schef, 21 ans, chômeuse originaire de Jessnitz, il y a d'autres raisons de soutenir le parti d'extrême droite, jugé plus à l'écoute.
Lors du dernier conseil municipal, l'AfD "a voté contre la fermeture du jardin d'enfants" où elle travaillait, "alors que la CDU a voté pour", dit-elle.
U.Dennehy--IP