Sécheresse: plus d'un milliard d'euros pour soutenir l'agriculture française
Après un été de canicules, incendies et sécheresse inédits, le gouvernement a annoncé vendredi un milliard d'euros d'aides d'urgence pour soutenir l'agriculture française éprouvée, mais ce montant est jugé insuffisant par les représentants du secteur.
"Le pays a un double impératif devant lui: indemniser les pertes pour éviter des faillites et relancer la production agricole. (...) Car si nous perdons structurellement en potentiel productif, nous perdrons des paysages, des parts de marché, de la souveraineté, des produits de qualité", a dit la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, lors d'une conférence de presse.
"Dossier numéro un de la rentrée", avait assuré le Premier ministre Sébastien Lecornu, l'agriculture bénéficiera donc d'un milliard d'euros d'"argent nouveau", a annoncé Mme Genevard.
"C'est une réponse forte, un effort conséquent de solidarité de la part de tous les Français dans une situation budgétaire difficile", a-t-elle ajouté.
Un avis partagé par la Coordination rurale (CR), qui critique dans un communiqué des annonces "largement insuffisantes".
"Il faudra plusieurs milliards d'euros pour sauver la saison agricole et empêcher la disparition de milliers d’exploitations", estime le deuxième syndicat agricole français.
Pour Stéphane Galais, porte-parole de la Confédération paysanne qui espérait au moins trois milliards, le gouvernemental exclut plus de 80% des paysans.
Le secteur agricole exprime sa détresse, avec des pertes de rendement pouvant atteindre 50%, voire 80% dans les productions végétales, et un élevage très fragilisé par des pertes de fourrage ou même d'animaux pour la volaille.
Ces financements passeront notamment par l'indemnisation de solidarité nationale (ISN), principal dispositif de l'Etat pour compenser les pertes de récolte liées aux aléas climatiques exceptionnels. Une mesure qui intervient au-delà d'un certain seuil de pertes.
- "Fonds de réarmement agricole" -
Le gouvernement estime le montant nécessaire à 520 millions d'euros et promet d'accélérer les paiements.
Est également prévu dans ce plan, baptisé CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse, Incendie), un dégrèvement de taxe foncière sur les propriétés non bâties (TFPNB) au bénéfice "des exploitations les plus durement touchées", pour 330 millions d'euros.
"Deuxième objet" du plan, permettre une poursuite de l'activité agricole, a indiqué la ministre: "nous assurer que nous ne perdrons pas d'animaux, que les semis seront bien réalisés pour l'an prochain, car il en va de notre souveraineté agricole et de la pérennité de toute la chaîne économique".
D'où la création d'un "fonds de réarmement agricole" de 235 millions d'euros, sous le pilotage des préfets, pour l'achat de fourrages, semis, indemniser les dommages d'incendies, etc.
Ce fonds sera disponible "dès la semaine prochaine" et la répartition par départements est en cours, a précisé Mme Genevard.
Le gouvernement veut aussi "renforcer" la prise en charge des cotisations sociales MSA (20 millions d'euros) ainsi que l'accompagnement social et psychologique.
Au total, les financements nouveaux s'élèvent à quelque 1,1 milliard d'euros, Mme Genevard signalant que ces fonds proviennent notamment de crédits de son ministère "dégelés".
Jeudi, M. Lecornu avait demandé des "économies nouvelles" dans le budget 2026 par des gels et annulations de dépenses pour financer ces aides à l'agriculture.
- "Anticiper l'avenir" -
L'attente des agriculteurs est énorme tant la situation de certains d'entre eux est désespérée, avec une estimation de 30 à 35.000 exploitations en péril.
Après sa conférence de presse, Mme Genevard s'est rendue à la foire agricole de Châlons, dans la Marne, où elle a fait le tour de syndicats largement mécontents.
Les associations de l'élevage de la FNSEA ont chiffré à plus de 5 milliards d'euros le surcoût lié au manque de fourrage.
La Confédération paysanne préconisait une aide directe de 5.000 euros par agriculteur, pour qu'aucune ferme ne disparaisse.
"C'est bien si cette année on compense, mais il faudrait plus nous aider à changer les choses, à s'équiper, protéger certaines cultures... plus pour anticiper l'avenir que pour tout le temps vivre sous perfusion", a réagi vendredi Marylène Bordy, maraîchère à Chaumergy (Jura). "Sinon, c'est sans fin."
La ministre a promis "dans les prochaines semaines un plan pour le rebond qui lui aussi sera massif", avec "des dispositions dans le futur budget".
Interrogée sur la transition agroécologique, l'éventuelle relocalisation de cultures, elle estime que "les agriculteurs n'ont pas attendu qu'on leur fasse la leçon". "C'est toute une conversion de l'appareil de production agricole qu'il nous faudra faire dans les années qui viennent", a-t-elle souligné.
G.Beary--IP