The Irish Press - Mort de Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de "Cyrano de Bergerac" et orfèvre du cinéma

Mort de Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de "Cyrano de Bergerac" et orfèvre du cinéma
Mort de Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de "Cyrano de Bergerac" et orfèvre du cinéma / Photo: JEFF PACHOUD - AFP/Archives

Mort de Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de "Cyrano de Bergerac" et orfèvre du cinéma

Orfèvre du cinéma, le réalisateur et scénariste césarisé Jean-Paul Rappeneau est décédé mardi à l'âge de 94 ans après une carrière d'un demi-siècle marquée notamment par l'immense succès de son adaptation de "Cyrano de Bergerac" en 1990.

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Autodidacte, ce cinéaste méticuleux et parcimonieux a réalisé au total huit longs-métrages, tournant avec les plus grands comédiens, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau, dont le décès a été annoncé à l'AFP par un de ses fils, choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à Paris Match en 2015.

C'est en portant à l'écran les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane que Jean-Paul Rappeneau avait connu son plus grand succès au début des années 90.

Porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait raflé dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur. Le film aux cinq millions d'entrées avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Le cinéaste avait créé la surprise en relevant ce défi d'adapter au cinéma, avec Jean-Claude Carrière comme co-scénariste, la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite à la fin du XIXe siècle.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", avait-il expliqué.

A l'annonce de son décès, la ministre de la Culture Catherine Pégard a rendu hommage à "un cinéaste sensible et joyeux, maître de la grâce et de l'élégance à l'image".

- "Prochain voyage" -

Né le 8 avril 1932 à Auxerre (Yonne) dans une famille nombreuse, Jean-Paul Rappeneau avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, marqué notamment par "Citizen Kane", le chef-d'œuvre d'Orson Welles.

Après avoir été notamment l'assistant de Louis Malle et co-écrit avec lui le scénario de "Zazie dans le métro", ses premiers pas de réalisateur remontent à 1966 avec "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 1950-1960. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès : "Les Mariés de l'an II" (1971) avec Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert, "Le Sauvage" en 1975 ou "Tout feu tout flamme", avec Yves Montand et Isabelle Adjani en 1982.

"Il avait le don rare d'un cinéma populaire et romanesque, où la précision de l'écriture se mêle au mouvement, au panache et à un formidable goût de l'aventure", a salué le président du Centre national du cinéma Gaëtan Bruel.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, livre réputé difficile à adapter.

"Nous sommes orphelins. Le cinéaste de Cyrano a tiré sa révérence. Jean-Paul Rappeneau était lui aussi un cap", a salué sur X l'ancien président du Festival de Cannes Gilles Jacob.

En 2025, le cinéaste avait publié ses mémoires ("Vive allure") où transparaissait son approche singulière du métier de réalisateur. "Quand un film se termine, disait Jean-Paul Rappeneau, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".

H.Graddy--IP