L'actualisation de la loi de programmation militaire en Conseil des ministres
Davantage de missiles, de drones et de moyens de s'en protéger: le gouvernement présente mercredi en Conseil des ministres son projet d'actualisation de la loi de programmation militaire (LPM) renforçant l'effort budgétaire face à l'aggravation des menaces et l'hypothèse d'un conflit avec la Russie.
Cette programmation pluriannuelle prévoyait un total de 413 milliards d'euros pour les besoins des armées pour les années 2024 à 2030. Le projet de loi, qui va être présenté au Parlement pour une adoption espérée avant le 14 juillet, prévoit 36 milliards d'euros supplémentaires sur la période afin d'"accélérer notre réarmement", avait annoncé en janvier Emmanuel Macron dans ses voeux aux Armées.
Il s'agit, selon le président qui entame sa dernière année de mandat, de "préserver la crédibilité opérationnelle de nos armées et faire face, si nous devions y être confrontés, à un engagement majeur d'ici 3 à 4 ans" face à une Russie perçue comme de plus en plus menaçante pour la sécurité de l'Europe.
La LPM, dont le principe d'actualisation était prévu dès son adoption fin 2023, fixe l'enveloppe globale et les priorités sur plusieurs années. Mais le budget des Armées, qui permet d'allouer les fonds nécessaires tant au paiement des soldes que des matériels, doit être voté chaque année par le Parlement.
Le projet d'actualisation de la LPM prévoit en 2030 un budget de la défense de 76,3 milliards d'euros, soit 2,5% du PIB, contre 57,1 en 2026, selon l'avant-projet de loi dévoilé par Politico et La Tribune et que l'AFP a consulté. Il était de 47,2 milliards en 2024, première année de la LPM.
Alors que les pays d'Europe sont engagés dans d'importants efforts de réarmement, l'actualisation de la LPM ne prévoit pas d'augmentation du format des armées qui reste à 210.000 militaires d'active, 225 avions de combat, 15 frégates de premier rang.
- 8,5 milliards de plus pour les munitions -
Mais les leçons des conflits russo-ukrainiens et au Moyent-Orient où la consommation de munitions est énorme poussent à un effort particulier sur les stocks de missiles et d'obus, longtemps variables d'ajustement des budgets militaires depuis la fin de la Guerre froide.
D'ici 2030, ce sont 8,5 milliards d'euros en plus des 16 milliards déjà prévus sur la période qui seront consacrés à l'acquisition de munitions.
Si les stocks sont confidentiels, ils vont augmenter de 400% pour les munitions téléopérées de tous types, de 240% pour les bombes propulsées AASM, de 85% pour les missiles de croisière Scalp, de 190% pour les obus de 155mm, de 230% pour les torpilles ou encore de 30% pour les missiles sol-air (Aster, Mica VL) par rapport à ce qui était prévu jusque-là.
Deux milliards d'euros supplémentaires seront consacrés aux drones de tous types, portant l'effort dans ce domaine à 8,6 milliards, selon la ministre des Armées Catherine Vautrin.
D'ici 2030, les Armées recevront par ailleurs 10, et non plus 8, systèmes de défense aérienne moyenne portée SAMP/T de nouvelle génération capables d'intercepter des missiles balistiques, 500 fusils brouilleurs de drones supplémentaires, des radars antidrones, des canons antiaériens pour la protection des bases aériennes, ou encore des canons Caesar supplémentaires.
Paris prévoit également de lancer un programme de missile sol-sol balistique conventionnel d'une portée de 2.500 kilomètres, s'appuyant sur les travaux du projet européen Elsa, et d'avancer sur le développement d'une capacité d'alerte avancée pour détecter et suivre les missiles ennemis.
Au total, les dépenses consacrées au spatial de défense augmenteront de 4,2 milliards d'euros, outre les 6 milliards déjà prévus dans la LPM.
L'actualisation de la loi de programmation militaire comprend par ailleurs un volet normatif afin d'autoriser des opérateurs d'importance vitale à utiliser des moyens de lutte antidrones, d'obliger les anciens agents des services de renseignement à obtenir une autorisation avant de publier un ouvrage ou encore encadrant le nouveau service national, militaire et volontaire, pour lequel 2,3 milliards d'euros sont prévus d'ici 2030.
T.P.MacNamara--IP