James Bond, Indiana Jones... le jeu vidéo ressort des gloires d'Hollywood pour séduire des joueurs vieillissants
Après l'aventurier Indiana Jones et avant les dinosaures de "Jurassic Park", l'agent secret britannique James Bond revient mercredi sur PC et consoles, à la faveur d'un retour en grâce en jeux vidéo des sagas chéries de la génération millenials (1981-1996).
"J'ai travaillé sur de nombreux projets différents, mais j'ai toujours eu Bond dans un coin de ma tête", a confié à l'AFP Rasmus Poulsen, directeur artistique de "007 First Light", en marge du salon Gamescom en Allemagne.
Pour ce quadragénaire danois, qui consacre également une chaîne YouTube à la réalisation en 3D de vaisseaux issus des sagas Star Wars et Star Trek, comme pour de nombreux développeurs, adapter en jeu vidéo des univers avec lesquels ils ont grandi fait souvent figure de rêve d'enfant.
Doué avec les armes à feu, armé de gadgets technologiques, pilotant des voitures de luxe, "James Bond est un bon client pour le jeu vidéo, car c'est un personnage construit sur un impératif d'action", estime Alexis Blanchet, maître de conférences au département cinéma et audiovisuel de la Sorbonne-Nouvelle.
Cela faisait pourtant plus de dix ans que l'agent secret n'avait pas eu les honneurs d'une aventure sur consoles: si l'adaptation du film "Goldeneye" s'est imposée comme l'un des meilleurs titres de sa génération à sa sortie en 1997, ses successeurs n'ont pas connu le même succès.
C'est aussi la première incursion de la saga dans le jeu vidéo depuis le rachat de la MGM, détentrice des droits, par Amazon en 2022.
- Relecture moderne -
Le jeu "007 First Light" propose une relecture des origines du personnage avec un James Bond plus jeune et moderne.
"Il semble logique qu'Amazon fasse ses premiers pas dans la mythologie 007 avec un jeu vidéo", estime le journaliste britannique Keith Stuart, dans une newsletter du média The Guardian. "Au cinéma, l'héritage du personnage de Bond est devenu problématique et ses motivations en tant qu'agent secret britannique moderne sont incertaines".
Si les premières adaptations de films en jeux vidéo remontent à la fin des années 1970, elles connaissent un premier engouement du milieu des années 1980 jusqu'au milieu des années 1990. De nombreux blockbusters voient ainsi leur sortie cinéma s'accompagner d'une déclinaison en jeu vidéo, souvent de qualité très inégale, pour surfer sur la campagne marketing autour du film.
Cette tendance connait son pic dans les années 2000, où les adaptations laissent davantage la place à des histoires parallèles prolongeant en jeu vidéo l'univers des longs-métrages, avant de fortement ralentir au début des années 2010, selon des données fournies par M. Blanchet.
- "Vieillissement" des joueurs -
Entre 1975 et 2011, 547 films de cinéma ont donné lieu à quelque 2.000 jeux vidéo, ce qui représente environ 10% de l'édition de jeux vidéo, estime le chercheur dans une étude.
Pour lui, cette résurgence ponctuelle des grandes sagas de la pop-culture relève davantage d'un "fonctionnement routinier" de l'industrie plutôt que d'un vrai "renouveau".
"Il y a un vieillissement de l'âge moyen des joueurs de jeux vidéo, et les studios en sont conscients", ajoute Alexis Blanchet.
Pour sortir du lot, mettre en avant des figures connues du grand public permet aux éditeurs "d'essayer de garantir le succès du jeu" face aux difficultés économiques que traverse le secteur depuis plus de deux ans, poursuit le maître de conférences.
Avec des résultats contrastés: si "Indiana Jones et le Cercle ancien" ou "Hogwarts Legacy: l'héritage de Poudlard" ont trouvé leur public, d'autres ont connu des lancements plus mitigés, comme "Star Wars Outlaws" d'Ubisoft.
Tout en laissant la porte ouverte à de nouvelles adaptations.
"Comme l'ont démontré des titres acclamés comme "Indiana Jones" et "Star Wars Jedi: Fallen Order", les jeux vidéo modernes sont capables de contourner les complexités de certaines franchises cinématographiques en perte de vitesse en offrant aux fans les éléments de l'expérience qu'ils recherchent, sans les problématiques d'intrigues bancales et de mythologies rigides", estime le journaliste Keith Stuart.
Y.Dearmond--IP