Royaume-Uni: excuses officielles pour un scandale d'adoptions forcées sur plusieurs décennies
Le Premier ministre britannique Keir Starmer a présenté jeudi des excuses officielles pour le scandale des plus de 185.000 adoptions forcées d'enfants nés de mères célibataires pendant des décennies après la Deuxième guerre mondiale.
"Ce n'est pas à vous d'avoir honte, ça n'a jamais été à vous. C'est à nous d'avoir honte. Je le dis au nom du pays tout entier, je le dis à chacune des personnes touchées : nous en sommes profondément et sincèrement désolés", a déclaré le chef du gouvernement démissionnaire au Parlement.
"Ce qui leur est arrivé (...) n'aurait jamais dû se produire. C'est une tache sur notre histoire", a-t-il insisté.
Au total, plus de 185.000 enfants nés de mères non mariées ont été adoptés sur une période allant de 1949 à 1976 en Angleterre et au Pays de Galles, selon une évaluation de la commission parlementaire aux droits humains réalisée en 2022.
Ces adoptions "qui se sont poursuivies au-delà de ces années", selon le Premier ministre, étaient réalisées sur fond de stigmatisation des femmes ayant des enfants hors mariage à cette époque.
"Des enfants ont grandi en croyant n'avoir pas été désirés, des mères ont été accusées d'immoralité" et "il ne s'agissait pas d'actes isolés ou accidentels", a déclaré Keir Starmer, mettant en cause "un système ancré au sein des autorités locales, des organisations bénévoles et confessionnelles ainsi que des services de santé et sociaux".
Le Premier ministre avait rencontré plus tôt à Downing Street des mères et enfants victimes de ces adoptions forcées. Il a salué leur "courage extraordinaire".
- "Traumatisme" reconnu -
D'autres pays, comme l'Irlande en 2021 et l'Australie en 2013, ayant connu des pratiques similaires, ont présenté par le passé des excuses officielles et mis en place des indemnisations pour les victimes.
Le Premier ministre britannique n'a pas annoncé jeudi de compensations financières, mais la création en ligne d'"un point d'accès unique pour localiser les archives" afin d'aider les victimes à retracer leur passé et leurs origines.
Une consultation sera organisée afin que les archives existantes soient conservées "pendant 100 ans pour qu'elles restent accessibles toute la vie des personnes affectées".
Deux députées, personnellement concernées par ce scandale, n'ont pu retenir leurs larmes jeudi en évoquant leur expérience à la chambre des Communes.
"Je ne sais pas si ma mère biologique s'est sentie contrainte de me faire adopter. Je sais toutefois qu'avant ma naissance, elle se trouvait dans un foyer mère-enfant de l'Église d'Écosse", a ainsi témoigné la travailliste Tracy Gilbert, née en 1972.
"Ma propre mère a été poussée à confier un bébé à l'adoption, et tout cela a été géré par l'Église. Je ne l'ai découvert qu'après sa mort", a aussi raconté la députée de Reform UK Sarah Pochin, expliquant avoir dû "payer de (sa) poche" les recherches pour retrouver son frère.
L'association Movement for an Adoption Apology, qui milite depuis des années pour ces excuses nationales, a salué la reconnaissance du "traumatisme d'une vie" pour les victimes.
"Bien que ces excuses arrivent trop tard pour un nombre considérable de personnes, elles constituent une avancée pour les centaines de milliers de mères qui vivent encore avec cette perte et dont la souffrance a enfin été reconnue, ainsi que pour les enfants qui leur ont été retirés — aujourd'hui adultes adoptés — et dont le traumatisme, qui les a marqués toute leur vie, a désormais été reconnu", a-t-elle souligné dans un communiqué.
Les gouvernements gallois et écossais ont déjà présenté leurs excuses en 2023. Un processus est en cours en Irlande du Nord, où une enquête publique doit être lancée prochainement.
En 2016, l'Eglise catholique en Angleterre avait présenté ses excuses pour la douleur causée à des centaines de milliers de très jeunes mères contraintes d'abandonner leur bébé à l'adoption sur la même période.
L'Eglise anglicane d'Angleterre a fait de même le mois dernier. L'archevêque de Canterbury, Sarah Mullally a regretté "la douleur, le traumatisme et la stigmatisation vécus (...) par de nombreuses personnes en raison des anciennes pratiques d'adoption dans des foyers affiliés à l'Eglise d'Angleterre".
N.Behan--IP