Défis cyber et budgétaire au menu d'un séminaire du gouvernement Lecornu
Sébastien Lecornu a réuni lundi son gouvernement en séminaire pour mettre ses troupes en ordre de marche vers un budget 2027 aux airs de mission impossible à huit mois de la présidentielle, et demander d'accélérer la sécurisation cyber de l'Etat après les piratages de l'été.
"Le Premier ministre a appelé ses ministres à un sursaut sur le volet cyber. Il a donné 15 jours à chaque ministre pour s'assurer que le plan" de sécurisation de leurs administrations, qu'il leur avait demandé en avril, soit "mis en œuvre", a dit son entourage à l'AFP dans l'après-midi, alors que la réunion se poursuivait à huis clos et sans téléphones portables.
Après un Conseil des ministres à l'Elysée consacré à la rentrée scolaire, l'équipe gouvernementale s'est déplacée dans une aile de l'Hôtel des Invalides, au siège du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN).
Lieu choisi à dessein pour revenir sur les cyberattaques qui ont défrayé la chronique estivale: piratages du fisc et de l'Éducation nationale, face auxquels l'exécutif a été accusé d'impréparation par ses opposants.
Pour le reste, cette réunion est essentiellement consacrée au budget. Le sondeur de l'Ifop Frédéric Dabi a notamment fait un point sur l'état de l’opinion qui, selon l'entourage de Sébastien Lecornu, "se prononce clairement pour la nécessité d'avoir un budget".
- Croissance atone -
Le chef du gouvernement a érigé l'agriculture "dossier numéro un de la rentrée" après les incendies, canicules et sécheresse qui ont accablé l'Hexagone ces trois derniers mois. Il a promis ce week-end un "plan de sauvetage" pour la fin d'année, puis un "plan de relance" dès l'an prochain.
Autant de nouvelles dépenses à inscrire dans la loi de finances, qui sera présentée fin septembre. Et qui s'ajouteront aux 10 milliards d'euros de rallonges déjà promises à plusieurs ministères: Défense, Intérieur, Justice, Éducation, Recherche et Écologie. Sans oublier une probable prolongation des aides au carburant et du chèque énergie, confirmée lundi par la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon.
Le tout dans un contexte morose, que le ministre de l'Économie Roland Lescure devait rappeler en introduction: une croissance atone au premier semestre, qui rend hors de portée la prévision annuelle de 0,7%; et une flambée des taux d'intérêts au-delà des 4%, qui alourdit la charge de la dette.
Au bout du compte, un risque de dérapage du déficit public, au-delà de l'objectif fixé à 5% du produit intérieur brut.
- "Chantage" -
Les marges de manœuvre sont d'autant plus réduites que Sébastien Lecornu a lui-même exclu de toucher au logement social et à l'apprentissage, et ne souhaite pas reconduire "à l'identique" la surtaxe sur les grandes entreprises.
Le locataire de Matignon entend plutôt freiner les dépenses sociales, avec "une vraie réforme" des arrêts maladie, le déremboursement de certains médicaments "dépassés", et surtout une "désindexation" des retraites en dessous de l'inflation, à l'exception des petites pensions.
Des mesures vues comme des chiffons rouges par ses opposants, qui se préparent à combattre l'exécutif. "Nous le censurerons", a déjà annoncé Jean-Luc Mélenchon (LFI). "Nous n'excluons rien", menace Jordan Bardella (RN).
"Il serait inconcevable et irresponsable de commencer l'année 2027 sans budget pour le pays", a estimé lundi Maud Bregeon, s'adressant également aux socialistes qui brandissent aussi la menace de censure.
Parmi les candidats déclarés à l'Élysée, seul Édouard Philippe (Horizons) a appelé "tous les responsables politiques" à "voter le budget de la Sécurité sociale", sans évoquer celui de l'Etat.
Le risque est donc grand de ne pas aboutir avant la fin de l'année, voire jusqu'à la présidentielle du printemps, un scénario chiffré par Bercy à 15 milliards d'euros, que M. Lecornu espère éviter en convainquant ses adversaires de laisser passer un budget aisément "réversible" par les vainqueurs des élections.
Dans le cas contraire, il prédit "un désordre" qui plongerait le pays dans une situation financière "gravissime". Ce qui lui a valu cette mise en garde du chef des députés PS, Boris Vallaud, avec lesquels il avait négocié une non-censure l'an dernier: "Le chantage, ça ne fonctionne pas avec nous".
F.P.Kavanaugh--IP