Ariane 6 pourrait être adaptée aux vols habités et monter en cadence
Vols habités en Europe, risque de pénurie de lanceurs: l'équipe Ariane 6 avance ses pions à deux jours du sommet international sur l'espace, où l'Europe doit préciser ses ambitions face à la domination américaine.
La fusée lourde européenne Ariane 6 pourrait être adaptée pour lancer des vols habités, a déclaré lundi le patron de son concepteur, ArianeGroup, alors que le sujet est devenu prioritaire pour l'Europe face à un désengagement des Etats-Unis.
"Techniquement, le lanceur Ariane 6 est tout à fait capable de faire du vol habité", a indiqué Christophe Bruneau, président exécutif d'ArianeGroup, au cours d'une conférence de presse.
"Il faut à la fois pouvoir adapter le lanceur" pour qu'il puisse accueillir des astronautes, avec une configuration leur permettant d'interrompre leur mission en cas de danger, "ainsi que le pas de tir pour les mêmes raisons", a-t-il expliqué.
Jusqu'à présent, les vols habités n'étaient pas une priorité pour l'Agence spatiale européenne (ESA), qui s'est appuyée sur les Etats-Unis pour l'accès de ses astronautes à l'espace et pour une partie de ses ambitions d'exploration lunaire.
Mais l'abandon par Washington de certains programmes a poussé les Européens à s'interroger sur leur dépendance envers les Etats-Unis et leur propre rôle dans l'exploration lunaire.
La capacité de l'Europe d'envoyer ses astronautes dans l'espace sera l'un des sujets majeurs du sommet spatial international qui se tiendra mercredi et jeudi à Paris.
- Passer au "prêt-à-porter" -
La directeur de l'ESA Josef Aschbacher avait déclaré la semaine dernière que l'Europe pouvait développer des vols habités à un coût "très raisonnable".
Il avait également mis en garde contre une pénurie de lanceurs européens à l'horizon de 2030.
Alors qu'Ariane 6 doit atteindre un rythme de 9 à 10 lancements par an dès 2027, monter en cadence au-delà "c'est quelque chose qu'on regarde du point de vue industriel avec l'ESA", a souligné Christophe Bruneau lundi.
"On étudie avec les différents acteurs, et notamment toute notre sous-traitance, comment on peut augmenter, jusqu'à quel niveau", a-t-il précisé.
"Notre enjeu aujourd'hui, c'est de passer de la haute couture au prêt-à-porter", a-t-il résumé, en expliquant qu'il s'agit de stabiliser le processus industriel pour "éviter les stop and go", mais pas au détriment de la qualité.
"Je dis à mes équipes, on fait du Dior, cela doit rester du Dior", a-t-il poursuivi.
"Ce n'est pas si simple, puisqu'un lanceur, c'est plus de 200.000 pièces, 300.000 pièces même. C'est 600 fournisseurs dans 13 pays, et donc c'est un puzzle qu'il faut absolument aligner", a-t-il relevé.
David Cavaillolès, patron d'Arianespace, "compagnie aérienne" pour Ariane 6, a pour sa part indiqué que le carnet de commandes était "solide", mais qu'il restait "un peu de place résiduelle en 2028" et des disponibilités en 2029 et 2030.
"On se met en disposition pour lancer des grands projets européens emblématiques, Iris² évidemment, certains projets de défense allemands également", a-t-il ajouté.
Dès 2027, le groupe sera "à pleine vitesse" avec 9 à 10 lancements annuels et "à cadence 10, on déploiera plus de 200 tonnes par an".
Les projets souverains de la Commission européenne pour déployer la constellation de satellites Iris² tout comme les projets allemands vont "requérir beaucoup de capacités, et on sera là au rendez-vous avec Ariane 6", a souligné David Cavaillolès.
MaiaSpace, filiale d'ArianeGroup qui développe une fusée réutilisable, compte pour sa part effectuer son premier vol d'essai orbital au deuxième semestre 2027 et a déjà sécurisé cinq contrats pour douze lancements, a dit de son côté Yohann Leroy, président exécutif de MaiaSpace.
"Entre 2027 et 2030, on va monter en cadence et apporter des réponses aux besoins du marché", a-t-il précisé.
Y.Dearmond--IP