IA : Meta s'organise pour lever des fonds massifs sans que Zuckerberg perde le contrôle
Meta, porté par une publicité très rentable malgré plusieurs procédures judiciaires lancées contre ses réseaux sociaux, s'est donné mercredi les moyens de lever des centaines de milliards de dollars pour tenir le rythme de la course à l'intelligence artificielle, sans que Mark Zuckerberg en perde le contrôle.
Ses résultats trimestriels illustrent ce grand écart. La publicité sur Facebook, Instagram et WhatsApp a porté son chiffre d'affaires à 64,6 milliards de dollars au 3e trimestre (+26% sur un an), au-dessus des attentes. Mais son bénéfice a été amputé de près de 10 milliards de dollars liés à l'accord conclu fin août avec la quasi-totalité des États américains, qui l'accusaient d'avoir rendu ses plateformes addictives pour les adolescents.
La menace judiciaire n'est pas levée : le groupe attend "un certain nombre de procès liés aux jeunes" dans les prochains mois aux États-Unis, où des milliers de familles et de districts scolaires le poursuivent. Mercredi, un juge du Nouveau-Mexique lui a par ailleurs infligé une amende de 25 milliards de dollars pour avoir trompé les utilisateurs de Facebook sur la protection de leurs données, dans l'affaire Cambridge Analytica.
Meta prévoit entre 73 et 76 milliards de dollars de chiffre d'affaires au 4e trimestre, un peu plus qu'attendu, et son titre gagnait près de 4% après la clôture de Wall Street.
– Course aux capitaux –
C'est surtout grâce à l'intelligence artificielle, qui accapare l'attention des investisseurs américains, que le groupe a rassuré les marchés ce trimestre.
Longtemps distancé dans ce domaine par OpenAI, Anthropic et Google, le groupe de Menlo Park a lancé en septembre Muse, un agent capable de faire des achats ou d'envoyer des courriels à la place de l'utilisateur, puis Muse Wonder, présenté comme son premier modèle "de pointe".
Son action a bondi de 43% entre la mi-août et la fin septembre, selon le site d'analyse Briefing.com.
"Plus de 10 millions de personnes" ont activé Muse aux États-Unis et au Canada, a indiqué mercredi Mark Zuckerberg. Mais l'outil est si gourmand en puissance de calcul que "les coûts totaux de service vont augmenter", a prévenu la directrice financière Susan Li, qui compte d'abord le monétiser par des abonnements.
Pour financer cette course, Meta va créer des actions sans droit de vote, distribuées gratuitement à ses actionnaires fin janvier, qu'il pourra ensuite émettre pour attirer de nouveaux investisseurs, sans diluer le contrôle de son fondateur. Mark Zuckerberg détient 60,6% des voix pour 13,4% du capital, selon un document déposé mercredi auprès du gendarme boursier américain (SEC).
Meta estime en effet devoir lever "des centaines de milliards de dollars sur plusieurs années", dès cet automne. Il prévoit déjà d'investir 135 à 145 milliards cette année et sa trésorerie disponible est passée dans le rouge.
Le comité d'administrateurs indépendants, qui a négocié l'opération, invoque la concurrence féroce actuelle pour les capitaux : les levées de fonds d'Alphabet, SpaceX, Anthropic et OpenAI, "et d'autres attendues prochainement", ont rendu l'environnement "de plus en plus difficile".
Il juge donc "prudent" de se financer "avant que davantage d'entreprises n'aient absorbé les capitaux disponibles".
Alphabet a lancé en juin une levée de 80 milliards de dollars en actions, SpaceX a récolté 75 milliards lors de la plus grosse introduction en Bourse de l'histoire, et Anthropic prépare la sienne pour novembre.
– Rester en Californie –
Mark Zuckerberg a "clairement fait savoir" pendant les négociations qu'il ne soutiendrait pas une levée de fonds qui "aurait pour effet de réduire ses droits de vote", relate le comité.
Le document révèle aussi que Mark Zuckerberg a envisagé de quitter la Californie, qui vote le 3 novembre sur un impôt exceptionnel sur la fortune des milliardaires pouvant lui coûter "plusieurs milliards de dollars".
En contrepartie des nouvelles actions, il s'est engagé à y rester huit ans tant qu'il dirigera le groupe, et pourra vendre aussitôt 10% de sa participation, notamment pour payer cet impôt. Les négociations ont été "longues et, à plusieurs reprises, conflictuelles", selon le comité, qui réclamait en vain des clauses mettant fin au contrôle de Mark Zuckerberg en cas de départ ou de décès.
Facebook avait déjà tenté de créer des actions sans droit de vote en 2016, avant d'y renoncer l'année suivante face à une plainte d'actionnaires.
B.Peppard--IP