Attentat dans les Yvelines : reprise de la garde à vue du suspect, qui conteste tout mobile raciste
Il a reconnu les faits mais a démenti avoir agi par racisme : la garde à vue du suspect de l'attaque des Yvelines a repris lundi après-midi après avoir été interrompue en raison de son état psychiatrique.
"Un psychiatre a procédé à un nouvel examen de l'intéressé", lequel "ne présentait pas de symptômes de décompensation aiguë, ni de signe direct ou indirect en faveur d'une activité hallucinatoire ou délirante", ni "de signes cliniques d'une pathologie aliénante, décompensée, justifiant une hospitalisation sous contrainte", a expliqué le procureur national antiterroriste, Olivier Christen lors d'une conférence de presse.
Sa garde à vue est désormais susceptible de durer jusqu'à jeudi.
Kevin T., 39 ans, "ne conteste pas la matérialité des faits" mais "le caractère raciste de ses crimes", a souligné M. Christen.
"Je tiens à préciser qu'aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans son véhicule", a-t-il ajouté, démentant ainsi des informations publiées dans la presse.
- Huit sites -
Vendredi matin, à bord de sa voiture, cet habitant des Yvelines a tiré sur huit sites différents et abattu un Français de 26 ans d'origine africaine, Pengo Bossio Wangi, et en a blessé plusieurs autres, dont au moins quatre ayant des noms à consonance africaine ou maghrébine, à Trappes et La Verrière, selon le procureur antiterroriste.
Quatre personnes ont été grièvement blessées, "trois d'entre elles sont toujours hospitalisées" et le pronostic vital de l'une d'elles était toujours engagé lundi soir, a précisé le magistrat.
Le pronostic vital de l'enfant de 11 ans grièvement blessée n'est en revanche plus engagé.
La garde à vue de Kévin T. avait été suspendue dimanche après un examen psychiatrique réalisé samedi soir, une décision qui avait interrogé la famille de l'homme tué.
"Ce qui s'est passé à Trappes, c'est très grave. C'est un attentat terroriste raciste", a dénoncé lundi matin sur RMC/BFMTV le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez, pour qui Kévin T. "était mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça".
Selon une source proche de l'enquête, l'homme suit un traitement médical pour schizophrénie. Ses analyses sanguines avaient révélé la présence de cannabis et de cocaïne, d'après le Pnat.
Les gardes à vue des quatre membres de l'entourage familial et amical de Kévin T. ont de leur côté été levées. Parmi eux figuraient son père et sa mère.
Kevin T. "était inconnu des services de renseignement" et son casier judiciaire porte mention de quatre condamnations de droit commun, toutes réhabilitées" et dont la dernière remonte à 2012, a indiqué le procureur antiterroriste.
L'avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, Me Yassine Bouzrou, s'est interrogé sur le suivi par les autorités du suspect, "détenteur d'armes de guerre" et "déjà connu des services de police et de la justice", n'excluant pas de "rechercher toute responsabilité administrative".
- Minutes de silence -
"Ce(s) type(s) de profil(s) sont ceux qui nous inquiètent le plus", "des individus un peu isolés, qui sont nourris d'idéologie raciste, qui s'abreuvent des discours ambiants et qui soudainement passent à l'action", "ce qui est le plus difficile à détecter", avait indiqué Laurent Nuñez.
Un exemplaire de "Mein Kampf" d'Adolf Hitler a été retrouvé au domicile de Kévin T., selon une source proche du dossier.
Le nouveau chef des députés du Rassemblement national (RN) Sébastien Chenu a réfuté lundi toute "responsabilité collective", alors que la gauche accuse le parti d'extrême droite d'encourager par son discours un passage à l'acte.
Après ceux de samedi et dimanche à Trappes et à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), de nouveaux rassemblements sont prévus lundi en France à l'appel d'associations et syndicats en soutien aux victimes et pour "dénoncer la banalisation de la haine raciste".
Des minutes de silence sont observées cette semaine à l'Assemblée nationale et au Sénat.
Pour le Conseil représentatif des associations noires (CRAN), qui a annoncé qu'il se porterait partie civile aux côtés des victimes, l'attentat "n'est pas survenu dans le vide".
Les avocats de l'association, Mes Seydi Ba, Théodore Jean-Baptiste et Joanes Louis, pointent du doigt les propos tenus par des responsables politiques les jours précédents, comme Éric Zemmour qui, après les violences du 17 octobre, avait parlé d'une "horde de barbares maghrébins et africains" sur LCI.
U.Dennehy--IP