En Suède, dernier sprint de campagne avant des législatives serrées
La Suède va-t-elle assister au retour de la gauche au pouvoir ou à l'entrée de ministres d'extrême droite dans le gouvernement? Les candidats jettent vendredi leurs dernières forces dans une campagne à l'issue très incertaine.
L'élection est dimanche, mais Kurt Flodin a déjà glissé son bulletin dans l'urne, par anticipation.
"Le plus important est que la droite l'emporte, pour qu'elle continue ce qu'elle a entamé", notamment en matière de lutte contre la criminalité, confie cet homme de 79 ans, croisé par l'AFP dans une rue huppée de la capitale Stockholm.
Candidat à sa réélection, le Premier ministre conservateur Ulf Kristersson a placé cette question au coeur de son mandat.
Durant de longs mois, sa coalition gouvernementale de centre-droit, arrivée au pouvoir en 2022 et alliée avec l'extrême droite au Parlement, était donnée perdante du scrutin de dimanche. Mais elle a nettement réduit l'écart au cours des dernières semaines.
- Pouvoir d'achat, immigration -
En face, l'opposition de centre-gauche, emmenée par Magdalena Andersson. L'ancienne dirigeante de 59 ans a fait campagne sur le retour de l'Etat-providence et du pouvoir d'achat.
Autant de questions chères à Jenny Larsson, qui soufflera sa 54e bougie le jour de l'élection.
Cette Suédoise, qui travaille dans un théâtre de la capitale, regrette que la classe politique ait "tendance à rejeter la faute sur l'immigration pour des problèmes qui ne sont pas dus à l'immigration". Elle craint aussi l'arrivée de ministres d'extrême droite dans le gouvernement, en cas de réélection du Premier ministre Ulf Kristersson.
Le parti d'extrême droite les Démocrates de Suède étaient devenus en 2022 la deuxième force politique du pays, avec environ 20% des voix.
Ils sont déjà alliés avec les conservateurs au Parlement. Mais en cas de nouvelle victoire du bloc de droite, ce parti exige désormais des portefeuilles ministériels, une promesse qui leur a été faite par le Premier ministre sortant.
- "Ne parlez pas mal de la Suède" -
Alors que disent les sondages?
Le dernier publié par Novus mercredi crédite les quatre partis de gauche et du centre d'environ 50,7% des intentions de vote, contre 48,1% pour les quatre formations de droite.
Pour aider les électeurs à trancher, les médias organisent une série de débats télévisés cette semaine, et ce jusqu'à la veille de l'élection.
Les candidats des huit partis en Suède se sont ainsi affrontés dans une ambiance électrique jeudi soir sur les principales préoccupations des électeurs avant les législatives du 13 septembre.
"Le mode de vie de Monsieur Tout-le-monde est devenu trop cher", a déploré Magdalena Andersson.
"Ne parlez pas mal de la Suède. Jamais autant de Suédois ne se sont rendus au travail le matin. Nous avons des entreprises suédoises qui conquièrent le monde entier, notamment dans le secteur de la tech, que le reste du monde nous envie", lui a rétorqué le Premier ministre sortant.
Les questions de logement, climat, école, emploi, sécurité ont dominé les échanges.
- Russie, Russie, Russie -
Mais dans un contexte sécuritaire dégradé et avec la proximité géographique de la Russie, une révélation survenue quelques jours avant le scrutin de dimanche est venue s'immiscer dans le campagne.
La fondation Expo, qui documente l'évolution de l'extrême droite suédoise, a dévoilé qu'une employée des Démocrates de Suède au Parlement avait plusieurs fois partagé de la propagande prorusse.
Un argument que Magdalena Andersson n'a pas hésité à utiliser jeudi soir, lors du débat télévisé.
"Lundi, nous pourrions nous réveiller avec un gouvernement où les clés du ministère de la Défense seraient confiées aux Démocrates de Suède, un parti dont il a une nouvelle fois été révélé qu'il était infiltré par des sympathisants de Poutine. Ne prenez pas ce risque", a-t-elle piqué.
Ce à quoi le chef de l'extrême droite Jimmie Åkesson - qui avait assuré ne pas être au courant de ces informations au moment de la publication de l'enquête - a répondu: "C'est un niveau de débat qui, à mon avis, n'a pas sa place ici".
D.Lynch--IP