Allemagne: prévisions de croissance attendues en baisse, pression sur les réformes
Le gouvernement allemand présente mercredi ses nouvelles prévisions de croissance, attendues en baisse sous l'effet du choc énergétique lié à la guerre en Iran, rendant plus urgentes les réformes pour relancer une économie durablement fragilisée.
Ces prévisions devraient peu ou prou s'aligner sur celles des principaux instituts de conjoncture économique du pays, qui ont déjà abaissé leurs projections début avril, à 0,6% pour 2026 et 0,9% pour 2027, en raison de la forte hausse des coûts de l'énergie consécutive à la guerre en Iran.
En janvier, Berlin tablait encore sur 1,0% de croissance cette année, avant que n'éclate fin février le conflit armé lancé par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, compliquant les plans de Berlin de voir l'économie rebondir après trois ans de marasme.
L'Allemagne subit pour la deuxième fois en cinq ans un choc majeur sur les prix de l'énergie, après celui lié à l'invasion russe contre l'Ukraine.
La première économie européenne est pénalisée par la fermeture du détroit d'Ormuz, une voie maritime cruciale pour le commerce mondial, contrôlée par Téhéran et fermée depuis environ sept semaines.
La guerre en Iran a fait grimper le taux d'inflation en Allemagne à 2,7% en mars, soit 0,8 point de pourcentage de plus qu'en février, en raison du choc sur les prix des carburants et du fioul domestique.
La prévision de taux d'inflation annuelle, attendue initialement à 2,1%, devrait ainsi être rehaussée. Les principaux instituts de conjoncture la voient s'élever à 2,8% sur l'année.
Le Fonds monétaire international (FMI) a de son côté abaissé la semaine dernière ses prévisions de croissance pour l'Allemagne, de 0,3 point de pourcentage pour cette année et l'an prochain, à respectivement 0,8% et 1,2%, selon un scénario de base.
- Patrons en colère -
Le conflit qui perdure avec Téhéran va peser durablement sur l'économie mondiale, et notamment l'Allemagne, même en cas de retour rapide à la paix, a estimé vendredi dernier le ministre allemand des Finances Lars Klingbeil, peu avant son retour de la réunion du FMI à Washington, selon la presse allemande.
L'Allemagne a donc "besoin de réformes" pour se "remettre sur une trajectoire de croissance", a déclaré M. Klingbeil, cité par le Frankfurter Allgemeine Zeitung.
Une tâche difficile dans un pays vieillissant où la faiblesse économique est notamment liée au recul de la population active.
Après bientôt un an de gouvernement de coalition entre les conservateurs (CDU-CSU) et les sociaux-démocrates (SPD), le climat est au plus bas avec les milieux économiques.
Car, d'une part, les centaines de milliards d'euros d'investissements promis pour moderniser les infrastructures ont connu un problème d'allumage.
Et d'autre part, davantage de réformes ambitieuses étaient espérées pour desserrer le carcan bureaucratique et alléger la facture énergétique des entreprises, deux conditions pour défendre la compétitivité du "Standort Deutschland", le site économique allemand.
La colère des milieux patronaux a atteint un sommet quand le gouvernement fédéral a récemment annoncé, en guise d'allègements fiscaux, que les employeurs devraient pouvoir verser en 2026 à leurs salariés une prime d'allègement de 1.000 euros face à la flambée des coûts d'énergie, exonérée d'impôts et de cotisations sociales.
Les prévisions de printemps constituent également une des bases de la planification budgétaire et des estimations fiscales de l'Etat fédéral, des 16 Länder (régions) et des communes.
La baisse de la prévision de croissance devrait réduire la marge de manœuvre budgétaire du gouvernement, qui prévoit d'adopter fin avril les grandes lignes du budget fédéral pour 2027.
J.Moore--IP