The Irish Press - L'Afrique a besoin d'investissements, pas d'aide, dit Macron à Nairobi

L'Afrique a besoin d'investissements, pas d'aide, dit Macron à Nairobi
L'Afrique a besoin d'investissements, pas d'aide, dit Macron à Nairobi / Photo: Luis TATO - AFP

L'Afrique a besoin d'investissements, pas d'aide, dit Macron à Nairobi

L'Afrique a "besoin d'investissements" plutôt que d'aide publique, que l'Europe n'est de toutes manière plus en mesure de lui fournir en abondance, a plaidé lundi le président français Emmanuel Macron au premier jour du sommet franco-africain de Nairobi.

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Ce sommet, intitulé - en anglais - "Africa Forward" ("En avant l'Afrique"), est organisé pour la première fois dans un pays anglophone, le Kenya, et s'est ouvert lundi par une journée d'échanges avec la jeunesse et la société civile, avant une journée plus intergouvernementale mardi.

"Normalement, ce type de sommet aurait commencé par une rencontre entre les dirigeants français et africains", a déclaré M. Macron, qui veut mettre en avant une relation renouvelée avec le continent, après des années de déboires dans plusieurs ex-colonies francophones.

Dans les anciens formats, les dirigeants français seraient venus dire aux Africains "Voilà ce qui est bon pour vous, on va vous aider", a estimé Emmanuel Macron. "C'est plus du tout ce dont l'Afrique a besoin et ce qu'elle veut entendre", a-t-il assuré, citant son hôte, le président kényan William Ruto.

Et "ça tombe bien parce que, nous, on n'a plus totalement les moyens non plus, si on est lucide", a-t-il dit sous les rires d'un amphithéâtre de l'université de Nairobi, en référence à la baisse de l'aide publique au développement, en France comme dans les autres pays occidentaux confrontés à des crises budgétaires.

L'aide publique au développement (APD) de la France a baissé de 10,9% en 2025, et sa chute au niveau mondial a été encore plus forte (-23,1%) en raison des coupes sombres aux États-Unis, selon les chiffres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

"L'Afrique, elle est en train de réussir" et "elle a besoin d'investissements pour être plus souveraine", a poursuivi le président français, qui a justement conçu ce sommet comme très tourné vers l'économie et les entreprises.

Le président kényan a dit vouloir s'assurer "que certaines des meilleures entreprises du monde viennent participer avec nous" à ce développement.

Les deux dirigeants ont aussi souligné qu'il n'y aurait pas d'IA sans énergie, après un accord franco-kényan conclu la veille en matière de nucléaire civil.

Emmanuel Macron a martelé que les destins de l'Europe et de l'Afrique étaient liées: "Si vous échouez, on n'a aucune chance (...) Votre jeunesse quittera (vos pays) et on aura plein de tensions migratoires", a-t-il prévenu.

Dans un entretien publié lundi par Jeune Afrique et The Africa Report, il a défendu les vertus des Européens comme partenaires du continent africain, par rapport aux États-Unis et surtout à la Chine.

M. Macron y rappelle avoir "condamné avec force la colonisation" dès 2017, année de son arrivée au pouvoir.

"Mais je ne lui imputerai pas tout", car "on ne doit pas non plus exonérer de toute responsabilité les sept décennies qui ont suivi les indépendances" des ex-colonies européennes en Afrique, ajoute-t-il, appelant les dirigeants africains à "améliorer la gouvernance".

Face aux critiques visant les ex-puissances coloniales, il assure que "le paradoxe est que les Européens ne sont pas les prédateurs de ce siècle". "L'Europe défend l'ordre international, le multilatéralisme efficace, l’État de droit, le commerce libre et ouvert", tandis que les États-Unis et la Chine "sont dans une logique de confrontation commerciale", sans respect des règles, dit-il.

Sur les minerais critiques et les terres rares, "la Chine, pour la citer, est dans une logique prédatrice: elle transforme chez elle" et crée "des dépendances avec le reste du monde", estime-t-il. "Ce n’est pas ce que nous proposons", insiste le président français, défendant une "stratégie d'autonomie pour l'Europe comme pour l'Afrique" pour ne "pas dépendre d’un nouvel empire, quel qu'il soit".

Il prône une fois de plus une transformation de "l’architecture financière internationale", notamment afin de "mettre en place un système de garanties financières pour faire venir les investisseurs privés" en Afrique - son cheval de bataille avec son homologue kényan, qui sera mardi au menu du second jour du sommet à Nairobi.

A.Doyle--IP