Référendum en Guinée-Bissau: le vote se poursuit dans le calme, sans affluence
Les Bissau-Guinéens votent en ordre dispersé dimanche lors d'un référendum constitutionnel sur le passage à un régime présidentiel fort pour remplacer le système semi-parlementaire, une étape cruciale dans ce pays dirigé par une junte censée organiser le retour au pouvoir des civils début décembre.
Dans la capitale Bissau, les bureaux de vote ont ouvert aux alentours de 07H00 locales (et GMT), ont constaté des correspondants de l'AFP. Le vote est ouvert jusqu'à 17H00.
"Tous les bureaux sont ouverts (dans la capitale), certains avec 30 minutes de retard à cause de la pluie qui s'est abattue sur la ville très tôt le matin", a confirmé à l'AFP Abdourahmane Djalo, chargé de communication de la commission nationale des élections (CNE).
Les électeurs doivent répondre par oui ou par non à cette question: "Êtes-vous d'accord sur l'entrée en vigueur de la nouvelle Constitution approuvée par le Conseil national de transition ?".
- "Nouvelles perspectives" -
Après le Zimbabwe, la Guinée, le Togo, l'Ouganda ou le Tchad ces dernières années, il s'agit du dernier exemple en date d'un pays africain qui a souhaité modifier ou changer sa Constitution pour étendre la durée des mandats, supprimer les limites d'âge ou renforcer les prérogatives du pouvoir exécutif.
L'opposition a appelé à boycotter le référendum, notamment le PAIGC, parti historique ayant mené le pays à l'indépendance en 1974. Il a dénoncé l'organisation d'un référendum "dans un contexte de restriction des libertés publiques".
Selon un correspondant de l'AFP, l'affluence n'était pas au rendez-vous dimanche matin dans plusieurs quartiers de la capitale.
La même situation prévalait à Bafata, dans la province de l'est du pays, selon un journaliste local contacté par l'AFP.
Au bureau N61 à Bissau visité par l'AFP, une dizaine d'électeurs attendaient leur tour. "J'ai l'espoir que la nouvelle Constitution va apporter beaucoup de changements dans mes activités", explique Halimatou Traoré, la trentaine, commerçante.
"Les crises successives que le pays a connues ont eu un impact très négatif sur mes rendements. Si tout se passe bien, la Guinée-Bissau va démarrer sur de nouvelles perspectives", souhaite-t-elle.
De son côté, Braima Seidy, 76 ans, vétéran de la guerre d'indépendance, sort du bureau après avoir voté, malgré la pluie et souriant. "Je crois bien que cette nouvelle Constitution pourra apporter la stabilité dans le pays", dit-il à l'AFP.
"Certaines personnes disent que le président a trop de pouvoirs. Il doit être comme un chef de famille avec beaucoup d'autorité dans son foyer pour éviter la pagaille", a-t-il jugé.
La sécurité est renforcée ce dimanche aux points stratégiques de la capitale, avec des membres de la garde nationale et de la police postés à ces endroits.
Ce scrutin référendaire précède de quelques mois l'élection présidentielle prévue le 6 décembre pour un retour au pouvoir des civils.
La Guinée-Bissau est dirigée depuis le 26 novembre dernier, veille de l'annonce prévue des résultats provisoires des présidentielle et législatives, par des militaires qui ont suspendu le processus électoral.
Ce pays lusophone côtier d'Afrique de l'Ouest a connu cinq coups d'État et une kyrielle de tentatives de putsch depuis son indépendance du Portugal.
- "Dangereux" pour la démocratie -
Le projet de nouvelle Constitution vise principalement à remplacer le système semi-parlementaire par un régime présidentiel fort, en octroyant au chef de l'État le pouvoir de nommer et révoquer le Premier ministre, le gouvernement et de dissoudre le Parlement.
L'objectif affiché par les autorités de transition est de stabiliser les institutions avant la présidentielle.
Le Conseil national de transition (CNT), organe législatif dont les 65 membres ont été nommés par la junte, avait adopté en janvier 2026 à l'unanimité une modification de la Constitution, un mois et demi après le coup d'Etat qui a renversé le président Umaro Sissoco Embalo le 26 novembre 2025.
Le nouveau texte propose d'abandonner l'ancien modèle où le Premier ministre était issu de la majorité au Parlement, ce qui avait donné lieu à des cohabitations difficiles.
Pour Nelson Moreira, membre du CNT, le projet de nouvelle Constitution permettrait d'éviter les conflits entre la présidence et la Primature, qui ont miné la stabilité du pays par le passé, a-t-il dit à l'AFP.
Mais une partie de la classe politique et de la société civile a contesté avec véhémence la réécriture en profondeur de la Constitution par un pouvoir de transition non élu.
"Le système présidentialiste que la junte veut imposer va concentrer tous les pouvoirs entre les mains d'un seul homme. Cela est dangereux pour notre démocratie", a récemment déclaré à la presse Abubacar Ture, président de la Ligue bissau-guinéenne des droits de l'Homme.
Bacar Djassi, habitant de Bissau, a déclaré dimanche à l'AFP qu'il n'irait pas voter.
"Je ne vois pas l'importance d'aller voter pour les militaires. Ce n'est pas leur rôle. Qu'ils restent dans les casernes et nous laissent en paix", a-t-il lancé.
O.Byrne--IP