Au Maroc, le désenchantement de la jeunesse à l'épreuve des législatives
Les promesses électorales ne sont que "des paroles en l'air", balaie Haitham Atifi, 20 ans. Comme de nombreux jeunes électeurs désenchantés, il n'ira pas voter aux législatives de mercredi au Maroc, un défi pour la classe politique.
Technicien en génie électrique fraîchement diplômé, le jeune homme, habitant de Salé, près de Rabat, a du mal à trouver des stages qui lui permettraient ensuite de chercher un emploi, et la "quasi-totalité" de ses camarades de promotion est dans la même situation.
"Je ne pense pas qu'il y ait un parti capable de créer des emplois pour les jeunes", désespère-t-il auprès de l'AFP.
Près de 16 millions d'électeurs sont appelés à désigner les 395 députés de la Chambre des représentants, première étape vers la formation d'un nouveau gouvernement pour les cinq prochaines années.
Les jeunes représentent une part limitée du corps électoral: 15% des inscrits ont entre 25 et 34 ans, et 4% entre 18 et 24 ans. Une répartition qui reflète en partie la structure démographique du pays.
Dans un jardin public du centre de Tanger, face à la mer, Zoubaida, 34 ans et mère d'un enfant, qui n'a pas souhaité donner son patronyme, estime elle aussi que le futur gouvernement doit faire du travail une priorité, aux côtés du logement.
Mais elle anticipe déjà sa déception: les promesses des partis, elle non plus "n'y croit pas".
- Chômage massif -
Pourtant, de jeunes Marocains ont régulièrement été à l'avant-garde de mouvements de contestation, comme il y a tout juste un an avec GenZ 212. Né sur les réseaux sociaux, ce collectif aux initiateurs anonymes avait mobilisé autour des défaillances des systèmes publics de santé et d'éducation, avant de s'essouffler.
Haitam Arakchou, 28 ans, rencontré à Salé, reste marqué par les décès de femmes enceintes admises dans un hôpital à Agadir, qui avaient joué un rôle central dans la genèse du mouvement.
Se disant animé par un désir de "changement", il sait déjà pour qui voter et appelle ses compatriotes "à se rendre aux urnes et à choisir le parti qui leur convient le mieux".
Il dit espérer que "le prochain gouvernement va améliorer la situation sociale et revaloriser le salaire minimum".
Malgré une forte croissance de 5% en 2025, le taux de chômage s'est établi à 13%, selon les données officielles.
Et les inégalités sociales et territoriales restent un enjeu majeur au Maroc.
Fin juillet, les tentatives massives de jeunes Marocains de rejoindre l'enclave espagnole de Ceuta ont braqué les projecteurs sur leur manque de perspectives.
- "Rétablir la confiance" -
Interrogée sur les événements de Ceuta, Zoubaida, qui enchaîne les petits boulots, assure qu'elle n'y réfléchirait pas à deux fois si l'occasion se présentait: elle tenterait la traversée.
L'ancien chef du gouvernement Abdelilah Benkirane, du parti islamiste d'opposition Justice et développement (PJD), avait qualifié le départ de milliers de Marocains pour l'Espagne de "scandale majeur" lors d'un meeting.
Mais la crise n'a pas occupé une place importante dans la campagne.
"Ces élections comportent deux enjeux majeurs: rétablir la confiance des électeurs, en particulier des jeunes, dans la vie politique, et faire émerger une élite intègre", commente le politologue Mohamed Chiker.
Cette désaffection d'une partie de la jeunesse contraste avec les moyens déployés par les partis, qui tractent et occupent le terrain en organisant les traditionnels rassemblements de campagne et multiplient les messages sur les réseaux sociaux.
Mais de nombreux candidats misent surtout sur leur proximité et contact direct avec les habitants de leur circonscription, indépendamment du discours politique de leur parti.
G.Beary--IP