Liège, épicentre de la colère des lycéens belges, en soutien de leurs enseignants
Des manifestations de lycéens ont de nouveau été émaillées de violences mardi à Liège, un mouvement de colère alimenté par le malaise des enseignants en Belgique francophone et qui a éclaté la semaine dernière dans le sillage des protestations en France.
Des policiers en tenue anti-émeute ont dû faire usage de gaz lacrymogène à partir de l'après-midi pour disperser la foule en centre-ville, où plusieurs commerces ont été vandalisés et du mobilier urbain détruit.
Le calme n'est revenu que vers 21H00 (19H00 GMT), et il y a eu au total une cinquantaine d'arrestations pour trouble à l'ordre public, selon la police. Plusieurs policiers ont été blessés.
Dans la soirée, le bourgmestre (maire) de Liège, Willy Demeyer, a exhorté les élèves à reprendre les cours mercredi, pour marquer leur refus de "servir de couverture à ceux qui cherchent uniquement la confrontation, la violence et le chaos".
Cette quatrième journée du mouvement de blocage des établissements secondaires avait pourtant démarré dans le calme, selon une équipe de l'AFP sur place.
Devant le collège Saint-Barthélemy, un petit groupe d'adolescentes brandit des pancartes s'en prenant à la ministre de l'Éducation, Valérie Glatigny, qui a fait voter les mesures d'économies budgétaires à l'origine du malaise.
"On doit continuer à manifester pour nos droits et ceux de nos professeurs", lance Sahel Bouzalgha.
"Si on veut continuer à apprendre normalement, il faut que nos professeurs soient investis dans leur travail et ce n'est pas avec de telles réformes que ce sera le cas", ajoute cette lycéenne de 17 ans.
Au coeur de la contestation : une mesure entrée en vigueur à la rentrée qui contraint les professeurs des trois dernières années de secondaire à enseigner 22 heures face à la classe, au lieu de 20 jusqu'à présent.
Une manière de les aligner sur l'emploi du temps des enseignants des collèges, mais dans des classes de lycée comptant davantage d'élèves où la charge de travail est plus grande, dénoncent-ils.
"Les matières ne sont pas les mêmes, les corrections ne sont pas les mêmes... Et on nous a imposé la mesure sans négociation. Le malaise est profond", lâche Pierre Warnant, professeur de physique à l'Athénée Royal Charles Rogier.
- "Tolérance zéro" -
A proximité de l'entrée de cet établissement, Olivia Naime, élève de 6e secondaire (l'équivalent de la terminale en France), anime le "blocus" avec une quinzaine de camarades mardi matin.
"On essaie de faire rentrer le minimum d'élèves et de professeurs", explique-t-elle.
"On vient soutenir les professeurs, on voit qu'ils ont une surcharge de travail qui nous impacte directement. On est là pour montrer qu'on est avec eux", poursuit la lycéenne de 17 ans.
Devant l'établissement, la situation s'est tendue à la mi-journée, quand des manifestants venus d'autres secteurs de la ville ont tenté de forcer la porte d'entrée métallique et déclenché un feu de poubelle.
Déplorant les débordements de lundi, ayant fait une vingtaine de blessés légers dans les rangs de la police, le parquet de Liège avait promis mardi la "tolérance zéro" pour les auteurs d'infractions en marge des défilés, soulignant que "la grande majorité" des élèves manifestaient pacifiquement.
Mardi matin, un adolescent de 13 ans a été arrêté pour avoir diffusé sur les réseaux sociaux des appels invitant d'autres jeunes à se munir de bidons d'essence afin d'incendier un établissement, a aussi relevé le parquet.
Ce mouvement de protestation, qui avait déjà donné lieu à des violences et dégradations jeudi dernier à Liège, s'est étendu lundi à d'autres villes de Belgique francophone, notamment Mons et Charleroi.
Ch.Driskell--IP