Des bénévoles déployés autour de bureaux de vote aux États-Unis face aux craintes d'intimidation
Des organisations américaines de défense des droits civiques ont commencé à déployer des bénévoles autour de bureaux de vote, sur fond de crainte de l'envoi d'agents fédéraux armés par le gouvernement Trump en amont des élections de mi-mandat.
L'initiative "Vote Safe" ("Votez en sécurité") a été lancée dans l'État de l'Ohio, où le vote en personne a débuté mardi pour ces "midterms" qui s'achèveront le 3 novembre.
Des bénévoles, composés notamment de religieux, d'anciens combattants ou encore d'enseignants, seront également sur le terrain en Géorgie, Caroline du Nord et Michigan, autant d'États avec l'Ohio où les résultats des élections seront particulièrement scrutés.
Selon les organisateurs, ces bénévoles auront un rôle pédagogique pour expliquer les droits des électeurs, mais aussi un rôle de témoin pour documenter toute potentielle tentative d'intimidation, en particulier de la part des autorités.
"La peur, c'est bien ça l'idée, et nous devons faire quelque chose contre cela", estime Mary Corcoran, directrice exécutive de l'organisation Save America Movement.
"Sans réponse, la peur suffit à garder les gens chez eux, sans qu'un seul agent n'ait à mettre les pieds autour d'un bureau de vote", a-t-elle ajouté lors d'une conférence téléphonique avec la presse.
- "Je n'écarte rien" -
Outre le Save America Movement, l'initiative "Vote Safe" rassemble d'autres groupes comme le National Action Network de la figure des droits civiques Al Sharpton et le puissant syndicat d'enseignants American Federation of Teachers.
Ils accusent le gouvernement républicain de vouloir dissuader les gens d'aller voter en évoquant de manière répétée le déploiement potentiel d'agents fédéraux pour encadrer les scrutins, conséquence des accusations répétées - et sans fondement - de Donald Trump autour de l'existence d'une fraude électorale massive.
Encore cette année, le milliardaire républicain a accusé les démocrates à plusieurs reprises d'avoir l'intention de tricher, et son gouvernement s'efforce d'étendre la surveillance fédérale du processus électoral.
Le président octogénaire a laissé entendre que des mesures extraordinaires pourraient être prises en marge des législatives à venir.
"Je n'écarte rien. On verra", a-t-il déclaré dans une interview au magazine Time en septembre.
De telles mesures pourraient passer par l'envoi d'agents de la police de l'immigration (ICE) ou encore l'invocation de l'Insurrection Act, qui permet au président - sous certaines circonstances - de déployer des militaires à l'intérieur des États-Unis.
Le gouvernement assure ne pas prévoir de dépêcher un large contingent d'agents de l'ICE autour des bureaux de vote. De même, le général Dan Caine, chef d'état-major des armées, a assuré aux parlementaires que le Pentagone ne prévoyait pas non plus d'envoyer des militaires.
- "Appréhension" -
Des déclarations qui n'ont pas suffi à rassurer certains militants des droits civiques.
"Je n'ai jamais vu - dans toutes mes décennies d'engagement - autant de peur et d'appréhension parmi les électeurs", a affirmé le révérend Al Sharpton à la presse, en faisant le récit d'une visite récente dans l'Ohio.
Dans cet État industriel du nord, l'ICE cible l'importante diaspora haïtienne et Al Sharpton assure que de nombreux électeurs afro-américains sont inquiets à l'idée d'être confondus avec des migrants par des agents potentiellement déployés autour des bureaux de vote.
Le ministère de la Justice assure de son côté qu'une surveillance du processus de vote a pour but de s'assurer du respect des lois électorales et de protéger l'intégrité des élections.
Mais pour Steve Schmidt, ancien stratège républicain et cofondateur du Save America Movement, la rhétorique employée par Donald Trump et ses alliés risque de saper la confiance des électeurs dans les résultats de novembre.
"Ils sont partis du principe que tout résultat qu'ils n'aiment pas est illégitime", a-t-il affirmé à la presse.
M.Ansbro--IP