The Irish Press - L'Érythrée demande au Conseil de sécurité de l'ONU de condamner la "déclaration de guerre" éthiopienne

L'Érythrée demande au Conseil de sécurité de l'ONU de condamner la "déclaration de guerre" éthiopienne
L'Érythrée demande au Conseil de sécurité de l'ONU de condamner la "déclaration de guerre" éthiopienne / Photo: - - AFP

L'Érythrée demande au Conseil de sécurité de l'ONU de condamner la "déclaration de guerre" éthiopienne

Accusée par l'Éthiopie "d'agression" justifiant l'exercice de la "légitime défense", l'Érythrée a demandé samedi au Conseil de sécurité de l'ONU de condamner la "déclaration de guerre déplorable" de son voisin, avertissant qu'elle "déstabilisera la région tout entière".

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Cette escalade verbale intervient plus de deux semaines après la reprise de combats dans le nord de l'Éthiopie, opposant notamment l'armée fédérale aux forces des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Cette formation politique, qui dirigeait de fait l'État régional du Tigré depuis avril, est soutenue, selon les autorités fédérales éthiopiennes, par l'Érythrée, qui a déployé ces derniers jours des troupes dans le Nord éthiopien.

Vendredi, l'Éthiopie a accusé l'Érythrée "d'agression flagrante" justifiant l'exercice "de son droit inhérent à la légitime défense".

Sur fond de craintes d'une nouvelle guerre ouverte entre les deux voisins, l'Érythrée a dans la foulée accusé l'Éthiopie de "tentatives fallacieuses de (...) justifier ses actes de guerre éhontés" et d'avoir mis à exécution "son projet d'invasion de l'Érythrée — planifié de longue date — dans le cadre de la vaste offensive qu'elle a déclenchée dans le nord du pays".

L'Érythrée a acquis son indépendance de l'Éthiopie en 1993 après des décennies de lutte armée. Les deux voisins se sont ensuite affrontés, sur fond de différends territoriaux, lors d'une guerre sanglante entre 1998 et 2000 qui a fait des dizaines de milliers de morts.

Les relations s'étaient réchauffées après l'arrivée au pouvoir en 2018 du Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed mais sont de nouveau acrimonieuses depuis plusieurs années, les deux parties s'accusant mutuellement de tentatives de déstabilisation.

Pour l'Érythrée, son voisin lorgne son port d'Assab, Abiy Ahmed répétant que son pays enclavé doit avoir un accès à la mer.

Le ministre des Affaires étrangères érythréen, Osman Saleh, a dans une lettre enjoint samedi le Conseil de sécurité de l'ONU de "condamner fermement la déclaration de guerre déplorable de l'Éthiopie contre l'Érythrée", avertissant qu'elle "causera des ravages considérables aux populations des deux pays et déstabilisera la région tout entière".

La missive demande également au Conseil de sécurité de "prendre les mesures dissuasives qui s'imposent."

Interrogée par l'AFP sur cette lettre, la porte-parole de M. Abiy n'a pas donné suite.

L'Éthiopie accuse depuis plusieurs mois l'Érythrée de soutenir les rebelles du TPLF. Les combattants du TPLF avaient déjà affronté les forces gouvernementales éthiopiennes, à l'époque soutenues par l'Érythrée, lors d'une guerre dévastatrice entre 2020 et 2022 qui avait fait au moins 600.000 morts.

Depuis plusieurs jours, entre 5.000 et 8.000 soldats érythréens sont présents au Tigré, dans le nord de l'Éthiopie, selon une source sécuritaire étrangère.

- "Risque d'escalade -

L'Éthiopie avait dénoncé le 1er octobre des actes "d'hostilités et de belligérance" de son voisin, entraînant la rupture de leurs relations diplomatiques.

Les forces fédérales éthiopiennes ont utilisé leurs drones contre les forces érythréennes dans la nuit de mercredi à jeudi à Adigrat, ville située à environ 40 km de route au sud de la frontière de l'Érythrée, et les forces érythréennes se sont repliées plus au nord.

Accompagnées de combattants de la Force de paix du Tigré (TPF, progouvernementale), les troupes éthiopiennes sont entrées samedi matin dans Adigrat et en ont pris le contrôle, selon Alem, un habitant.

"Ils arrivent à bord de véhicules et de nombreux habitants sont sortis dans la rue pour les accueillir", a-t-il déclaré auprès de l'AFP, sous couvert d'anonymat.

Vendredi, Ethiopian Airlines, seule compagnie aérienne à desservir le Tigré, a annoncé la reprise du service à partir de dimanche vers la capitale régionale, Mekele, désertée par les combattants du TPLF et reprise par les forces fédérales. Les vols avaient été suspendus avec le début des affrontements.

Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a mis en garde vendredi contre "les risques d’escalade qui compromettent davantage la stabilité de la région".

Dans un communiqué, il a rappelé aux pays de la région "le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures" d'un autre pays, ainsi que leur obligation de "s’abstenir de recourir à la menace ou à l’emploi de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout État".

O.Quinlivan--IP