The Irish Press - Vents mauvais autour des chaînes info

Vents mauvais autour des chaînes info
Vents mauvais autour des chaînes info / Photo: Sameer AL-DOUMY - AFP/Archives

Vents mauvais autour des chaînes info

Les chaînes d'information en continu font l'objet d'une hostilité inédite. Elles sont accusées de nourrir les violences ou propager des propos racistes, ce qu'elles réfutent, mais ces critiques les obligent à s'interroger, en pleine année présidentielle sous haute tension.

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Journalistes malmenés voire agressés, CNews et BFMTV traités de "médias racistes" par des lycéens ou des manifestants, prises à partie par des politiques : "Je n'ai jamais vu un climat d'une nature aussi inflammable, aussi violente, aussi brutale et aussi clivée à six mois d'une élection présidentielle", déclare à l'AFP Fabien Namias, patron de BFMTV.

Fait rare, l'Arcom, le régulateur de l'audiovisuel, est même montée au créneau en demandant le 22 octobre aux chaînes de télévision et aux radios de veiller à un "traitement rigoureux et équilibré" des manifestations et des violences.

Et ce, spécialement lorsque les informations peuvent "provoquer la peur" ou "accentuer le risque de trouble à l'ordre public".

Le rappel a été motivé par des saisines du régulateur portant sur une dizaine de séquences diffusées pour la plupart sur des chaînes info, dont plusieurs de propos d'Éric Zemmour, probable candidat du parti d'extrême droite Reconquête! à l'Elysée.

Dans une autre séquence, sur RMC, le chroniqueur Charles Consigny affirme que "les pillards, ce sont les enfants de l'immigration". La députée écologiste, Sandrine Rousseau, a saisi la justice.

Après l'attentat raciste dans les Yvelines, le maire de Trappes, Ali Rabeh (Générations), s'est adressé aux médias : "Vous avez un immense pouvoir, notamment les chaînes d’info en continu, puisque c’est là que se vautrent tous les racistes décomplexés qui ont libre antenne", a-t-il lancé dans un entretien au journal Le Monde.

A l'unisson, les syndicats SNJ et CGT de RMC-BFM ont estimé que "le racisme décomplexé, qui a désormais place nette sur notre antenne, a des conséquences directes et irrémédiables sur notre société". Ils sont vent debout depuis l'arrivée à BFMTV de l'ex-journaliste de CNews Sonia Mabrouk.

Fabien Namias défend le pluralisme à l'antenne, une obligation légale. Et "rien dans ce que produit BFMTV, dans les valeurs qui sont défendues par la chaîne, par ses équipes, ne peut s'apparenter de près ou de loin à une quelconque discrimination" ou un racisme.

BFMTV souhaite travailler à un "apaisement du débat", avec davantage de non-politiques en plateau.

- "En étau" -

Selon des chercheurs spécialistes de l'audiovisuel, le modèle même des chaînes info peut poser question.

La sémiologue Marie-France Chambat-Houillon rappelle que "le principe des chaînes info est celui des boucles, où une hypothèse répétée devient facilement une vérité".

Jérémie Derhi, docteur en sciences de l'information et de la communication, souligne que les chaînes info sont dans "la médiatisation instantanée, qui est beaucoup plus sujette aux stéréotypes sociaux et aux biais", par rapport aux médias prenant davantage de recul.

Il note aussi qu'"on a ouvert grand la fenêtre d'Overton", qui rend acceptables dans l'opinion publique des théories qui ne l'étaient pas jusque-là.

Il observe ainsi "une normalisation de manières de penser, de stéréotypes, en lien avec des chaînes conservatrices" comme CNews, dans le giron du milliardaire Vincent Bolloré.

La chaîne n'a pas souhaité s'exprimer auprès de l'AFP. "On ne peut faire du drame de Trappes un prétexte pour cibler des journalistes dans le simple exercice de leur métier", a tweeté jeudi Gérald-Brice Viret, patron de Canal+ France qui possède CNews.

Nicolas Marut, directeur de franceinfo canal 16, chaîne bien moins visée, dit "garder sa boussole : couvrir l'actualité de la façon la plus équilibrée possible", alors que les obligations d'impartialité de l'audiovisuel public viennent d'être renforcées.

Au sein d'un autre groupe de médias, on déplore toutefois que tout le monde soit "dans la nasse" : "En plateau, dès que tu mets la virgule au mauvais endroit, tu es pris en étau."

"Les chaînes info semblent être devenues le réceptacle des tensions" dans le pays, lâche un autre responsable.

Le siège parisien de CNews et Europe 1 a été pris pour cible le 17 octobre par une centaine de personnes, des actes "d'intimidation" dénoncés par ces deux médias dans l'orbite Bolloré.

Quelque 150.000 personnes ont signé une pétition en ligne sur le site de l'Assemblée nationale demandant de "supprimer" CNews, "machine de propagande".

D.Ryan--IP