A Saint-Gaudens, des commerces à l'abandon, reflet d'une ville en souffrance
"A vendre", "à louer", "possibilité de transformer en logement": des rues du centre ancien de Saint-Gaudens sont parsemées de locaux commerciaux fermés, alors que cette ville d'un peu plus de 12.000 habitants au pied des Pyrénées craint de perdre son usine de pâte à papier et ses centaines d'emplois.
"Horloger et bijoutier", "retouches rapides", "coiffure", "optique", peut-on lire sur certaines devantures à l'abandon, laissant deviner quel type de commerce a occupé le local.
Dans d'autres cas, plus aucune trace de l'ancienne activité n'est visible. Certaines vitrines sont même entièrement recouvertes par des affiches de toutes sortes, y compris vieilles de plusieurs années, comme celle appelant à une mobilisation contre la réforme des retraites en 2023.
A l'heure du déjeuner, la rue Victor Hugo, l'une des plus touchées par ces fermetures massives, est à moitié déserte. Quelques centaines de mètres plus loin, la place où se trouve la collégiale Saint-Pierre, un joyau de l'art roman, donne une toute autre image: des dizaines de personnes sont attablées dans les restaurants ou le café de la place.
"Il y a une résurgence de la restauration à midi, mais le soir la ville se vide", regrette Charles Mascagni, propriétaire du cinéma Le Régent, qui se trouve un peu à l'extérieur de la vieille ville.
- Ville triste -
Contrairement aux commerces de la partie plus ancienne, Le Régent a un parking et les gens peuvent venir en voiture. Et même si son cinéma "marche bien", son propriétaire se bat au sein de l'association Saint-Gaudens Commerces Plus pour redonner vie au centre ancien afin que cette ville de Haute-Garonne cesse d'être "triste", dit-il.
"Les enseignes sont parties, notamment vers la zone commerciale" d'Estancarbon, à une dizaine de kilomètres de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), qui s'est développée à partir de 2015. Depuis, au centre-ville, "les indépendants restent jusqu'à épuisement, puis ne trouvent pas de repreneur, même si ça marche", explique encore Charles Mascagni.
Yann Galinier, membre de la même association de commerçants, a, lui, deux bijouteries: une dans le centre ancien et une deuxième dans la zone commerciale. "C'est complémentaire, on n'a pas forcément la même clientèle", dit-il, regrettant la fermeture en centre-ville des autres commerces, y compris lorsqu'il s'agit de potentiels concurrents.
"Il y a 14 ans, il y avait quatre bijouteries" dans la vieille ville. "On était encore deux il y a quelques semaines", raconte-t-il. Pour Yann Galinier, la présence d'autres bijoutiers-horlogers peut certes concurrencer son magasin, mais elle peut aussi lui amener des clients souhaitant regarder plusieurs possibilités avant de faire leur choix.
Alors que les deux membres de Commerces Plus espèrent "un rebond", sans forcément y croire, le sociologue Michel Grossetti (CNRS) "voit mal comment le centre peut retrouver une certaine prospérité sans des politiques volontaristes de rénovation urbaine et un accompagnement conséquent sur le long terme".
"En plus, maintenant, tout est bloqué avec la cellulose", regrette Charles Mascagni, faisant allusion à l'usine de pâte à papier de Fibre Excellence qui se dresse entre la ville et les montagnes.
Le sort de l'usine, un des premiers employeurs de la ville, est suspendu à une décision du Tribunal de commerce de Toulouse qui prévoit une audience le 8 septembre.
T.Gallagher--IP